Lundi 11 décembre 2017

Faits marquants

Naissance à Québec le 5 juillet 1892

J.-Ulric Voyer, est né, a vécu et est décédé à Québec. C'est dans cette ville qu'il composa ses opéras ainsi qu'à Val-Bélair.

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Bruno Laplante Bruno Laplante présente le concert du mois d'août 1998 à la radio de Radio-Canada. L'entrevue donnée à M. Jean Deschamps, raconte la naissance du projet qui réunit plusieurs artistes dans le cadre des Fêtes de la Nouvelle-France.

Jean Deschamps
Au mois d'août, à l'occasion des Fêtes de la Nouvelle-France, vous allez présenter un opéra québécois?

Bruno Laplante
Les circonstances de la découverte de cet opéra sont assez rocambolesques, si on peut dire. C'est un enchaînement de rencontres et de situations qui a fait qu'un jour par exemple le papa de France Duval est allé faire une réparation chez un peintre à Beauceville. Le peintre lui dit qu'il aime l'opéra, que son grand-père en a déjà composé et puis il donne le nom d'Ulric Voyer, de l'intendant Bigot. Je fais des recherches et on ne trouve rien, on ne connaît absolument pas ce musicien. On pense que c'est tout simplement une blague!

Deux ans plus tard on revient à la charge. Un lointain cousin a été contacté entre-temps, qui lui est bibliothécaire et qui a fait des recherches et a trouvé beaucoup de choses sur son grand-père et sur L'intendant Bigot. Alors, un soir ils arrivent à notre maison à Québec et puis ils sortent la caisse avec tous les manuscrits. Ils ne savaient pas du tout, du tout ce que c'était, ils ne savaient pas lire la musique, ils croyaient qu'il y avait des parties d'orchestre mais ils ne savaient rien, rien, rien, rien. Alors, on a découvert à la lecture de cet opéra, que c'était un opéra très romantique, écrit par un musicien très, très, très personnel qui a...

Jean Deschamps
Mais comment est-ce qu'on ne connaît pas Ulric Voyer?

Bruno Laplante
On ne le connaît pas et pourtant à l'époque il était très connu. Il a participé à la fondation du poste de radio CHRC ici à Québec, il a dirigé des chorales.... À Montréal, il a réussi à faire monter L'Intendant Bigot au Monument National avec la Société d'opérette qui était la société, qui présentait des oeuvres lyriques. Avant les Variétés lyriques de Daunais, c'était la Société Canadienne d'Opérette et les meilleurs chanteurs ont créé l'Intendant Bigot, avec en vedette un chanteur Belge du nom de Arnold Becker, qui était du Théâtre de la Monaie et qui était en Amérique à ce moment-là.

Il a fait aussi, trois représentations de la même oeuvre, L'Intendant Bigot, au Capitole de Québec.

Jean Deschamps
Le mois suivant, je crois...

Bruno Laplante
Oui, c'est ça. Alors, la revue de presse est assez considérable et les politiciens, tout le monde musical a été au courant de ça, mais c'est resté dans l'ombre, parce que le compositeur est mort quelques années plus tard.

Jean Deschamps
Il n'avait rien laissé par ailleurs, que l'on aurait conservé?

Bruno Laplante
Non. Il a écrit un autre opéra qui s'appelle Mademoiselle de Lanaudière, qui n'a jamais été joué. Il a écrit des petites choses, quelques mélodies, quelques morceaux pour piano mais presque rien. Sa passion c'était l'opéra et l'opéra comme on le faisait en Europe à l'époque. L'opéra à la française, à la Bizet, à la Massenet et aussi à la Verdi, il faut le dire. Alors quand on chante ces airs, ces duos, ces ensembles, on a vraiment l'impression que c'est un opéra européen.

Jean Deschamps
Et là, vous allez nous présenter une recréation finalement?

Bruno Laplante
Oui, on va recréer cet opéra historique. Historique, je dis bien, parce que le sujet est historique, c'est l'Intendant Bigot qui est mis en situation, dans une situation où il n'est pas sympathique, exactement comme on sait que l'Intendant Bigot n'était pas sympathique. C'est un peu lui une des causes de la perte de la Nouvelle-France. Alors l'action se situe à Québec en 1757.

Jean Deschamps
Donc, tout juste avant la défaite?

Bruno Laplante
Oui et l'action se situe dans des endroits assez surprenants pour qui a fait, je veux dire, beaucoup d'opéra un peu partout dans le monde. D'entendre comme descriptions, par exemple, la scène est sur les hauteurs de Beauport, site merveilleux, aspect enchanteur et grandiose. Au lever du rideau, la scène est déserte. C'est l'aurore puis le matin d'un beau jour. Au loin l'Ile d'Orléans s'émaille au milieu du fleuve qui s'empourpre, voilà les côtes de Lévis se précisent. Voilà, alors c'est des descriptions. Mon animateur que je tiens secret pour l'instant...

Jean Deschamps
Oui, c'est ça que j'allais demander, vous avez version concert, vous aurez des costumes et il y aura quelqu'un qui va situer les choses?

Bruno Laplante
Oui, il y a quelqu'un qui va nous raconter toute l'histoire merveilleuse de l'intendant Bigot, la description des actes et la description aussi des entrées de personnages. Alors comme ça, ce sera comme un beau conte de A à Z, sans interruption, sans entracte. Les trois actes seront à la suite comme ça.

Jean Deschamps
Mais, depuis que vous avez découvert en 96 cet oeuvre là que nous ne connaissons pas, L'Intendant Bigot d'Ulric Voyer, vous avez eu l'occasion d'en présenter des extraits?

Bruno Laplante
Oui bien sûr, ça c'est une autre partie de l'aventure un peu rocambolesque. C'est que nous avons trouvé ça vraiment charmant comme oeuvre et nous avons décidé, si la famille du musicien qui se plaignait de n'avoir jamais entendu l'oeuvre du grand-père était intéressée, de leur donner les principaux extraits en version concert. Alors ils ont réuni cinquante à soixante-quinze descendants de la famille et nous leur avons livré le testament de leur grand-père Ulric Voyer, à l'Institut Canadien de Québec en décembre 96. Et à partir de là, je dirais que tous ceux à qui on a fait entendre certains de ces extraits ont dit "Ah! c'est vraiment très spécial dans la production d'opéras canadiens ici". On n'a pas d'équivalent, on n'a pas d'oeuvres qui sont aussi romantiques, je dirais.

Jean Deschamps
C'est fait pour un public bourgeois qui aime les histoires d'amour, l'aventure?

Bruno Laplante
Le scénario n'est sûrement pas ce qu'il y a de plus fort dans cet opéra, pas plus que dans beaucoup des grands chefs d'oeuvre de musiciens européens.

Jean Deschamps
Celui qui a écrit les paroles, tiens c'est qui? Comment il s'appelle, M. Rousseau?

Bruno Laplante
Celui qui a écrit les paroles, c'est Ulric Voyer lui-même avec Alfred Rousseau.

Jean Deschamps
Et il était amateur de romans populaires et il en a écrit?

Bruno Laplante
Oui et quelques années auparavant, en 1924, je crois, il avait été publié dans un feuilleton une revue d'ici, je crois que c'est le Passe-temps, il avait été publié un roman qui parlait de l'intendant Bigot et de ses amours, et d'une jeune fille. Alors il y a beaucoup de ressemblances entre ce roman et l'opéra, et le livret de l'opéra. Alors sans s'avancer trop là, les historiens pourraient peut-être nous donner raison ou nous dire que nous avons complètement tord, mais on pense nous qu'il peut y avoir un rapprochement entre ce roman de 1924 et le livret de l'opéra.

Jean Deschamps
Je vois. Bon! Les effectifs! C'est composés pour huit solistes, je crois?

Bruno Laplante
Huit solistes, choeur et orchestre. Alors, vous l'avez nommé tout à l'heure, le choeur c'est la Société lyrique de la Nouvelle Beauce. L'orchestre c'est l'orchestre de Québec mais pas au complet, peut être vingt cinq à vingt huit musiciens. Le chef Gilles Auger. Et puis, dans mes principaux solistes, sans doute que vous aimeriez que je vous en nomme quelques uns...

Jean Deschamps
Mais oui, bien sûr, c'est ce que je vous demande précisément. Vous allez chanter vous?

Bruno Laplante
Jje vais faire le rôle titre, l'Intendant Bigot.

Jean Deschamps
Ah! Personnage désagréable, et que vous allez bien rendre par votre talent.

Bruno Laplante
Personnage que j'aime beaucoup, oui. Parce que c'est un personnage assez coloré et il y a un air ou deux, deux ou trois duos, des ensembles et puis je crois qu'il y a une belle présence. En tout cas ça me plaît beaucoup de le faire.

Jean Deschamps
Et France Duval...

Bruno Laplante
France Duval fera la fille de Dumas, l'aubergiste. Elle est fiancée à Raymond qui est un chasseur...

Jean Deschamps
Elle est l'enjeu d'un chantage même et tout...

Bruno Laplante
Oui, c'est ça. Alors Raymond, le chasseur, est fiancé de Gemma et sera tenu lui par Benoît Gendron qui est un jeune ténor avec qui j'ai travaillé il y a une dizaine d'années, dans mes productions avec les Nouvelles Variétés lyriques et qui promettait énormément. Maintenant depuis quelques années, il vit aux États-Unis. Il a été quatre ans à San Francisco et maintenant il est à New York.

Jean Deschamps
Et d'autres noms encore comme ça que vous pourriez défiler?

Bruno Laplante
Réginald Côté fera le suivant du Marquis. Il y a Sébastien Ouellet, Manuel Blais et encore deux ou trois petits rôles qui seront définis.

Jean Deschamps
Alors, encore une fois, ce sera présenté les 7 et 8 août. À quel endroit?

Bruno Laplante
Ce sera sur la scène extérieure de la place d'Youville.
(NDLR Le spectacle initialement prévu à la Place d'Youville aura lieu au Jardin des Gouverneurs)

Jean Deschamps
En cas de pluie?

Bruno Laplante
Il y a de la place pour plusieurs milliers de spectateurs. Ce dont nous sommes les plus fiers, c'est peut être d'avoir réussi à convaincre un organisme officiel comme les Fêtes de la Nouvelle-France de faire en public et d'une façon populaire un opéra. D'avoir mis à leur programmation non seulement des concerts rocks ou des concerts populaires de chansonniers mais d'avoir accepté de prendre le risque de mettre de l'opéra en évidence. Ce sera le coeur de leur programmation pour l'édition 1998.

Jean Deschamps
Mais s'il pleut, qu'est-ce qui va se passer? Au Théâtre Capitole, juste à côté?

Bruno Laplante
Et bien, il ne pleuvra pas!

Jean Deschamps
Ah! bon, d'accord. Présenté par le Nouveau Théâtre Musical dont vous êtes le directeur depuis 94 que ça existe et c'est la suite de votre travail avec l'ensemble Cantabile qui était à Montréal.

Bruno Laplante
Oui voilà! Puisque maintenant je suis résident de Québec, l'ensemble Cantabile de Montréal, ce n'était plus très d'à propos.

Jean Deschamps
Alors, on va écouter, Bruno Laplante, un extrait de cet opéra que vous avez enregistré sur votre dernier disque Fonovox avec France Duval et Marc Joyal au piano. Merci beaucoup pour tout cela. On en reparlera le moment venu.

Bruno Laplante
Très bien.

Jean Deschamps
Au revoir.
[NDLR L'entrevue se termine par l'audition d'un extrait du plus récent disque compact de Bruno Laplante et France Duval, L'opérette française (Fonovox 7943-2).

Jean Deschamps
France Duval, Bruno Laplante avec le pianiste Marc Joyal. C'était donc un extrait de l'opéra L'Intendant Bigot, d'Ulric Voyer, "O mon ami, veuille les dire encore". L'Intendant Bigot qui sera présenté dans la capitale à Québec les 7 et 8 août prochains, à l'occasion des Fêtes de la Nouvelle-France.

 

Entrevue réalisée en août 1998. Transcription intégrale par Nicole Roberge